jeudi 29 juillet 2010

Dans les grandes lignes

Voilà, maintenant que vous avez une petite idée de mon activité favorite (si vous n'avez pas compris qu'il s'agit de l'écriture, je ne sais pas ce que je peux faire pour vous :P), il est temps de poser les bases de mon petit univers afin que je puisse venir discutailler des (petites et toujours temporaires, évidemment, ça n'est pas comme s'il m'arrivait de bloquer pendant trois mois...) difficultés que je rencontre dans ce domaine.

Ces temps-ci, je me consacre tout particulièrement à trois textes bien différents : Porteurs, The Red Church et Family Three. Prenons donc les choses dans l'ordre. Allez, on sort ses crayons et on écoute la maîtresse déblatérer ses bêtises habituelles !



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Porteurs

Kilimara vint s'asseoir précipitamment et attendit. Mais elle savait déjà ce que tout ça signifiait. Maintenant, plus personne ne pouvait ignorer la capture de ce criminel, aucun grille-pain révolutionnaire, aucun potin de célébrité ne viendrait les distraire. Rien ne pourrait leur faire oublier la peur qui s'emparait de chacun d'eux, nouant les entrailles de Talladar qui restée paralysée, admirative et apeurée à la fois. Après quelques minutes, une voix mécanique, inhumaine, s'empara de tous les canaux de télévision et annonça :

"Monsieur Fohara, arrêté la nuit dernière pour meurtre, sera Porté."

Kilimara frissonna. Comme tous les Talladans à cet instant, elle savait que la nuit serait longue.


Ce roman est mon premier achevé (oui, après presque quatre ans, d'innombrables réécritures et tout autant de prises de tête =___=). Ce gros bébé qui, avec le dernier ravalement de façade, devrait atteindre les quelques 700 pages m'a tenue occupée depuis mon année de Seconde. On y rencontre Kilimara, étudiante de 19 ans dans le District Est de l'immense ville-pays de Talladar. La demoiselle est petite, ronchon et sarcastique (où vous voyez une Mary-Sue, vous ?) ; bref, elle et moi avons quelques points communs. Lorsque je m'en suis aperçue, je n'ai pourtant pas jugé utile de modifier son caractère : entre-temps, c'est moi qui avais changé. Au final, je ne me retrouve plus qu'à moitié en elle.
Mais là n'est pas la question. Cette histoire part d'un principe simple : dans ce monde, lorsqu'on commet un crime, ça n'est ni la prison ni la chaise électrique qui nous attend, mais bien la tête d'un innocent citoyen élu parmi la population. Et justement, ce matin-là, un certain Heran Fohara, accusé de parricide, a été capturé par la police. Devinez un peu qui va se le coltiner ? Je vous le donne en mille : Kill (et en plus je fais des rimes ! *w*). Ne boudez pas, il n'y a aucun suspens jusque là, on s'attend à cette issue dès la cinquième ou sixième page...
Je suis actuellement en train de réécrire le chapitre 11 (youhou, plus que 59 ! Comment ça mon enthousiasme n'est pas crédible ? ><') et de peaufiner le synopsis complet dans l'espoir de vite envoyer les 50 premières pages à une maison d'édition. Au pire j'y gagnerai quelques conseils pour améliorer ce début. Petit aperçu ?

Les premiers rayons de Féli naquirent à la cime des vagues, éclairant l'écume avant de plonger dans ses yeux éblouis. La mer avait l'air si paisible, si lasse. Plus que jamais, Kilimara lui ressemblait. Et même le souvenir du radieux sourire de son père ne parvenait plus à réveiller l'eau assoupie. La silhouette du bateau de pêche disparut dans un nouveau mirage et la douleur l'empoigna. Deux larmes roulèrent docilement sur ses joues et Kilimara se pencha au-dessus des flots pour les y laisser tomber, petites perles de nacre dans la lumière.

- Retournez d'où vous venez, murmura-t-elle.

C'est ce que te disais ton père ?

« À l'aube du jour de ma naissance, il est venu se baigner ici avec moi pour la première fois. Il racontait... il racontait que la mer avait rempli mes yeux de larmes et que Féli était venu s'y glisser pour les sécher. »

J'ai tué mon père.

Le jour était bien là, désormais, et colorait les vagues d'un bleu doré. Même devenus verts, les yeux de Kilimara dévoraient l'Océan, lui volant grandeur et éclat sous le couvert chaleureux d'un soleil de sang.



Lire Porteurs

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The Red Church

C'est l'histoire de Jackie. C'est l'histoire d'une créature trop étrange pour intéresser son peuple, trop faible pour endosser son rôle, trop triste pour renoncer à son passé d'humaine. C'est l'histoire de Lillian, c'est l'histoire d'Alvin et Andrew. C'est l'histoire d'une renaissance, d'un combat contre un monstre assoupi par les années, d'un bonheur retrouvé dans la solitude.

C'est l'histoire d'Annah. C'est l'histoire d'une héritière poursuivie pour les crimes de ses ancêtres, tuée par les monstres qui rôdent depuis toujours aux abords de leur demeure. C'est l'histoire de Gillian, c'est l'histoire de Liam et Michael. C'est l'histoire d'une renaissance, d'une lutte pour la sécurité d'une petite sœur, d'un courage inébranlable.

C'est l'histoire de ça. C'est l'histoire des esprits trop longtemps prisonniers du néant, tournant sans cesse dans l'espoir d'un appel. C'est l'histoire d'Allen, c'est l'histoire de McNeil et de Callaghan. C'est l'histoire d'une renaissance, d'une bataille pour le triomphe d'un amour muet, d'une croisade pour la paix.


C'est l'histoire d'une famille. C'est l'histoire d'une guerre.


Deuxième roman, deuxième galère. Je suis encore loin d'avoir fini celui-ci, puisqu'avec *farfouille dans ses dossiers* 271 pages, je débute tout juste le véritable récit (vous avez le droit de dire que j'en fais des tartines). Cette histoire me vient d'un rêve et d'une envie de me lancer un petit défi : celui d'apprendre à modifier mon style.
J'avais privilégié l'action et les rebondissements dans Porteurs, je me consacre ici à la psychologie et aux mystères (non pas qu'il n'y ait réciproquement pas de réflexion dans
Porteurs ou d'action dans The Red Church). Je voulais aussi tenter l'expérience d'un autre genre d'ambiance, largement influencée par mes lectures de Stephen King. Me voilà donc partie pour l'Angleterre et plongée dans la fratrie de McNeil, puis dans la vie des Allen, puis dans la secte des Médiateurs. J'aurais bien du mal à en parler plus clairement sans gâcher le suspens. Le mieux est de vous montrer :

Vérifiant une nouvelle fois que ma mère était trop occupée pour me remarquer, je passai un doigt sur le carrelage et enrobai ma dernière phalange du liquide poisseux. C'était stupide, complètement stupide. Pourtant je le fis.

Son sang était encore délicieusement chaud. J'avais fermé les yeux et aurais volontiers éteint tous mes autres sens si seulement j'en avais été capable. J'essayai d'oublier le murmure de la voix de ma mère, l'odeur du désinfectant qui flottait encore dans le hall, le contact douloureux du carrelage. Je ne voulais connaître que ça, cette dose concentrée de perfection qui enveloppait ma bouche. Je frottai ma langue à mon palais, dégustant les dernières particules qui s'attardaient sur mes papilles. Puis il n'y eut plus rien qu'un vague arrière-goût de « juste divin ».

J'essuyai avidement la deuxième tâche et léchai mon doigt de bas en haut, comme on rattrape une goutte de crème glacée qui s'est échappée du cornet. Mais cette crème glacée-là était tiède, épicée, exotique... verte.



Lire The Red Church

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Family Three

22 Septembre 2004. L'appareil du vol Oceanic 815 s'écrase sur une île du pacifique sud, apparemment inhabitée. Mais là-bas, au creux de cette plaine, dans leur petit jardin, des gens l'ont vu chuter à travers le ciel sans nuages. Parmi eux, une jeune femme. Dans les coulisses, elle tentera de protéger cette île, leur île... jusqu'à découvrir la terrible vérité : c'est elle qui doit être protégée.

Elle qui détient l'avenir d'un peuple et d'une terre entre ses mains...


On quitte l'univers du roman pour entrer dans celui de la fanfiction. Ce n'est que très tard que je me suis intéressée à ce genre d'écrits, alors que le chemin habituel est plutôt de la fanfic à l'original. Mais boostée par mon premier et grand amour télévisuel, aussi connu sous le doux sobriquet de Lost, je me suis lancée. L'idée de base n'est pas très intéressante : pour les initiés, nous nous infiltrons chez les Autres à travers les yeux d'un personnage confectionné par mes petits soins, une jeune femme du nom de Rowan. Après un début qui peine à décoller (sans mauvais jeu de mots...), j'espère avoir réussi à me détacher du pitch original. Malheureusement, comme j'ai horreur de trop m'éloigner de l'intrigue mise en place par les créateurs, ce qui me donne souvent l'impression de dénaturer leur travail, les grandes lignes restent identiques...
J'ai essayé de me convaincre pendant longtemps que je n'écrivais pas d'histoire à l'eau de rose (ce que j'ai en horreur, en général) et j'ai collé à Family Three des étiquettes du genre "mystère" ou "drame" pour éviter la terrible "romance". Maintenant qu'il ne me reste plus que 8 chapitres et l'épilogue à écrire pour boucler les 450 pages de "ma petite fanfic" (dixit l'auteur raisonnable qui part plein de bonnes intentions dans un nouveau projet *sifflote*) je crois que je n'ai pas d'autre choix que de m'avouer contaminée par la guimauve. T.T

Rowan ne supportait pas l'idée de rester là, nageant entre deux eaux, contrainte de se rapprocher des Six Oceanic sous prétexte que sa famille lui reprochait sa disparition. Peut-être avaient-ils oublié, peut-être avaient-ils chassé cette nuit de leur esprit. Mais Rowan se souvenait, elle, des circonstances dans lesquelles elle avait dit adieu à son foyer. Ballotée de bras en bras, se vidant de son sang à l'arrière d'un hélicoptère qui l'arracherait à tout ce qu'elle avait aimé, elle s'était enfuie sans pouvoir jamais se retourner. Et lorsqu'elle s'était enfin éveillée, lorsqu'elle avait réalisé qu'on l'avait chassée au lieu de la sauver, Rowan s'était retrouvée avec le cadavre de Locke sur les bras et le poids des remords et du chagrin sur les épaules.

Elle ne voulait pas de la protection de Jack, ne voulait pas de l'amitié de Sayid ni de la complicité d'Hurley. Elle voulait ces longues soirées passées sur le porche avec Richard au son de leur tourne-disques, elle voulait ces parties de football américain avec Tom, elle voulait le parfum chocolaté des cookies d'Amélia, les séances de baby-sitting en compagnie de Zach et Emma. Elle voulait les éclats de rire de Juliet, l'amour silencieux de ses prunelles océan, les secrets jamais dévoilés. Elle voulait la confiance inavouée de Ben et son amitié changeante.

Euh... oui ? (la Bourrique fait son entrée fracassante)

Comment ça je ne suis pas douée pour les titres ?
Bon, d'accord... peut-être pas. Mais il fallait bien mettre quelque chose, alors...

Ça y est, à peine deux phrases et je pars déjà en cacahouète. XD Bon, ne me demandez pas trop comment je suis arrivée là, moi, la fille qui a toujours dit qu'elle n'aurait jamais de blog et n'en voyait pas l'utilité... Le fait est que je suis là. Comme ça, on sera deux à se regarder le nombril (hein Hadana ?). Mais il y a très peu de chance pour que je vous raconte ma vie moi aussi, rassurez-vous, pour deux raisons : déjà, parce qu'il n'y a pas grand chose à en dire (aurais-je été Président de la République ou star du rock, à la limite...), et puis surtout parce que, soyons franc, je ne suis pas sûre que mes dernières photos de vacances intéressent grand monde.

Alors je vais me contenter de suivre l'exemple d'Hadana et parler ici de choses qui me passionnent, comme l'écriture et la lecture, puis aussi le dessin, et peut-être d'autres trucs... On verra bien. Pas franchement plus intéressant que mes dernières photos de vacances, me direz-vous ? Peut-être que non. ^^
Mais si vous partagez les mêmes centres d'intérêt que nous, alors peut-être que si.

Bon... je ne le ferai certainement pas aussi bien qu'Hadana (je n'ai pas son sens de la perfection ^^), mais je vais essayer de faire de mon mieux !

Bonne balade sur les Lignes bleues !

Le dessin d'une ligne

Je veux dédier ce premier message à ma LI, Muse, meilleure amie, sœur de cœur ou quel que soit son nom, co-auteur de ce tout nouveau blog. Car je ne pourrai ni parler de moi ni de mes créations sans la citer, l'évoquer ou la sous-entendre à chaque phrase. Elle fait partie intégrante de cette aventure. Elle suit avec moi la ligne bleue...



Un jour, j'écrirai sur nous. Mais pas aujourd'hui, pas maintenant. Car lorsque le présent rayonne, il n'est pas nécessaire de chercher l'éclat du passé. Alors seulement, quand la douleur sera revenue, quand ces quelques années de bonheur auront fané, quand nos cœurs auront vieilli, je raconterai comment nous gravions nos initiales dans l'écorce de ce petit arbre au fond de la cour ; comment nous voyagions à travers ce monde que nous seules connaissons ; comment nous nous tenions la main, avançant sous les cerisiers dans cette belle soirée de juin, retenant nos larmes. Comment nous abandonnions les rêves de notre enfance, les espoirs de notre adolescence, pour s'enfoncer dans l'âge adulte, déjà amères et tristes. Comment nous traversions la vie, enchaînées, accrochées, inséparables. Ensemble.


Comment expliquer une telle chose, comment la décrire, comment la cerner assez fidèlement et profondément pour qu'un étranger y sente autant de force que moi ? Vous êtes l'étranger, curieux, intéressé, mais tellement loin de moi, tellement loin de nous et de tout ce qui nous a construites... Je désespère de pouvoir vous faire comprendre, de seulement vous amener à effleurer la réponse. C'est comme expliquer l'amour. C'est comme essayer de le transmettre alors qu'on sait pertinemment que jamais personne au monde n'a aimé de la même façon que nous, avec la même intensité, le même regard, la même peine indicible et la même colère dévastatrice. Car si chacun à senti cette souffrance, elle a laissé une marque différente sur notre peau.

Tantôt brûlante, tantôt glacée, discrète ou inévitable, éphémère ou éternelle, chaque blessure tatoue nos corps en suivant des lignes uniques au creux de nos ventres ; chaque coup de poignard trace dans notre chair sa propre rosace. Tantôt ronde, tantôt anguleuse, sanglante ou délicate. Mais toujours douloureuse. Mais toujours terriblement douloureuse. Ces figures créent le long de nos cous des alphabets entiers qui se faufilent dans notre dos jusqu'à la plante de nos pieds. Un langage secret du corps à l'âme, que nous seuls pouvons traduire.

Vous êtes l'unique auteur de votre histoire, il existe au détour de vos poignets des poèmes secrets que personne ne s'est risqué à interpréter. Et quand bien même quelqu'un essaierait, il est des erreurs de prononciation qui sont fatales. C'est pourquoi certains discours doivent rester muets, gravés dans la courbe d'un rein qui ne s'exposera jamais aux mots et à leur fâcheuse tendance à tout gâcher. Et maintenant, imaginez. Imaginez qu'une personne se soit glissée sous vos draps une nuit d'été alors que votre corps nu se croyait camouflé dans l'obscurité. Imaginez qu'elle décode ces arabesques complexes que la vie a imprimées sur votre peau fraîche. Et imaginez qu'elle pose une main sur votre épaule, vous secouant légèrement pour vous tirer du sommeil, murmurant les vers de vos plus intimes poésies.

« Je t'ai comprise. »

Maintenant, vous approchez de la réponse.


Personne n'y a jamais cru. On m'a fait sentir ma vie entière que cette relation s'épuiserait, qu'elle m'oublierait comme les autres se sont oubliés. Et j'acquiesçais, insensible, sachant au fond de mon âme que rien ne saurait être assez terrible pour que la distance s'installe entre nous. Il y a des choses que l'instinct humain, aussi enfoui soit-il, est capable de sentir. Et depuis ce jour d'octobre 1999, j'ai senti. Dès lors j'ai compris que ce lien serait la seule chose dont je pouvais me permettre de ne pas douter, et j'ai trouvé un sens au monde. Pas une explication, pas une réponse, juste une vague ligne d'un bleu hésitant qui se déroulait de mes pieds au futur.

Ma vie n'en était pas moins difficile, la haine et le désespoir sont restés ancrés en moi durant de longues années, et il me semble encore en posséder des traces aujourd'hui. Mais j'apprenais à accepter ces souvenirs pesants, les images de ces goûters d'anniversaire terminés dans les larmes alors que je m'enfermais dans ma chambre pour ne plus avoir à supporter mes camarades m'excluant de ma propre fête. J'apprenais à vivre avec tous les vestiges de l'enfance éprouvante que j'avais traversée jusque là, toute cette solitude, cette incompréhension ; et ce terrible sentiment de n'être jamais à ma place. Et si même après ce jour je continuais à souffrir, je me rassurais de toujours apercevoir cette ligne, celle qui me disait que les jours sombres finiraient bientôt et que le soleil brillerait enfin pour moi.

Mon ciel est resté obscur plus longtemps que je ne l'avais cru, et il arrivé que les orages soient si violents que la ligne se brouillait, effacée par la pluie torrentielle qui s'abattait sur moi. Mais même lorsque l'avenir devenait incertain, elle était là pour me tenir la main. Peut-être ne comprenait-elle pas réellement ce qui m'arrivait, ce qui nous arrivait. Peut-être qu'un enfant de huit ans, aussi loyal soit-il, ne peut saisir toute l'horreur d'une famille déchirée, d'autant plus lorsqu'il ne s'agit pas de la sienne. Moi-même ne réalisais pas encore à quel point mon père avait bouleversé ma vie. Mais cela ne l'a pas empêchée d'écouter mon silence. Nous étions stupides, nous étions inconscientes et innocentes, nous croyions connaître le poids d'un monde entier sur nos épaules fragiles, et nous nous trompions sans doute.

Mais nous avons grandi, et l'insouciance s'est effritée à mesure que le temps a passé, sans qu'on s'en aperçoive. Et un matin, nous avons embrassé la totalité de notre souffrance ; et nous l'avons encaissée, l'une supportant l'autre, les yeux fixés sur cette ligne d'un bleu scintillant. Et la ligne s'est élargie, s'est colorée davantage avec chaque seconde qui nous échappait, jusqu'à engloutir le paysage tout entier, jusqu'à disparaître, se fondant dans le ciel d'un mois de juin qui ne mourra jamais.


Vous avez des amis. Vous connaissez dans votre entourage des gens qui valent la peine d'être appris vraiment, pleinement. Et parfois, dans cette masse informe de visages et d'esprits, il y en un qui émerge, qui vous appelle, vous fait signe d'approcher. Avec des gestes maladroits et des mots encore mal assurés, il vous demande un service que vous acceptez sans vraiment savoir pourquoi.

« J'ai découvert un sonnet que je ne comprends pas »

Vous approchez de sa cheville, dubitatif, vous qui peinez encore à déchiffrer vos propres peintures, vous qui ne savez plus à quel temps conjuguer le verbe « aimer », que vous avez retrouvé la veille dans votre paume. Mais peu importe : déjà l'hymne claironne à vos oreilles. Un rapide coup d'œil aux broderies de cet étrange dialecte qui vous paraît si familier, et tout devient clair. Vous connaissez ce sonnet, vous l'avez lu et récité un bon millier de fois. Plus, vous l'avez écrit, au coin du feu, un soir de décembre, ignorant à l'époque qu'il lui était destiné.

« Mademoiselle, permettez-moi de vous dire que ce poème traite de votre mère absente ».

« Oh, je vois. »

« Savez-vous lire les lignes de la main ? »

« Pas toutes »

Et vous lui tendez votre paume. Dans ses yeux bruns passe ce même éclair de compréhension et vous réalisez alors à quel point vous avez été idiot de ne pas y parvenir seul.

« Au présent », répond-elle. « C'est au présent que vous devez le conjuguer. Au présent et au pluriel, mademoiselle. Car vous aimez deux fois ».

Un peu honteux, vous observez votre main tremblante. J'observe ma main tremblante. Celle où elle vient de discerner ce qui ronge mon âme. Vous avez des amis, probablement. Mais des amis comme elle, impossible. Nous avons été réunies par un heureux hasard, le rendez-vous imprévu de deux personnalités aussi différentes que semblables. Et si à l'époque nous étions encore incapables de lire l'autre, nous avons appris à parler l'amitié en quelques mois. Nous sommes devenues expertes, virtuoses, à croire que nos cœurs n'attendaient que cet instant, où je me suis assise près d'elle au pied du platane, pour se réveiller complètement. Si je croyais au destin, je dirais qu'on m'a conduite à elle, qu'on avait tracé pour nos deux existences une minuscule ligne bleue qui brûlait d'impatience à l'idée de devenir notre route.

Notre monde. Peuplé de créatures fantastiques, d'univers fabuleux et de personnages incroyables. Traversé comme la réalité par des accès de tristesse insoutenable, d'injustice criante et de rage animale. Un monde sillonné de nos propres écrits, des coups de fouet que nous recevons encore et que nous recevrons toujours. Mais aussi gravé des caresses du vent rasant l'herbe humide de rosée, du battement des ailes d'un oiseau qui nous survole, du parfum des souvenirs. Sur nos deux peaux déjà parcheminées, nous avons composé une symphonie entière, sculptée à la plume. Une symphonie pour cœur battant, une symphonie pour ce petit instrument meurtri que nous partageons depuis dix ans.


Parce qu'il faut bien commencer quelque part...

En ce jour béni du... *reluque le calendrier* 28 juillet 2010, j'inaugure ce blog pour... ben blogger, pardi ! Plus sérieusement, j'ai ressenti l'envie et le besoin de tisser un petit coin de web pour discuter de mes projets et de ceux de Neila, mais aussi pour faire partager tout ce qui nous inspire, autant pour le dessin que pour l'écriture.

Nous essayerons de ne pas trop nous triturer le nombril, premièrement parce que nous n'aimons pas beaucoup ça, deuxièmement parce que notre vie n'a rien d'assez passionnant pour y consacrer un blog entier (quoique... on raconte assez de bêtises pour écrire un recueil XD). J'espère en faire un endroit chaud et convivial pour discuter d'imagination et de création, que ce soient celles de Neila, les miennes ou celles que nous admirons.

En attendant, bloggons !
Et bon voyage entre nos lignes bleues.